SUD2010

La deuxième édition du SUD, Salon Urbain de Douala, festival triennal d’art public, s’est tenu du 4 au 11 décembre 2010 dans plusieurs quartiers de la ville de Douala. Le thème du SUD2010 est l’eau.

Le processus SUD2010, démarré en 2008, consiste en des chantiers artistiques dans les quartiers, en une réflexion Ars & Urbis sur l’art et la ville et enfin, en une publication trimestrielle, le Liquid.

En janvier 2009, une rencontre internationale organisée à Douala a désigné un collège curatorial constitué de Simon Njami comme curateur général, d’Elvira Dyangani, de Koyo Kouoh et de Didier Schaub, directeur artistique de doual’art, chargé de la sélection des artistes du SUD2010.

Le directeur artistique, Didier Schaub, a désigné Simon Njami en qualité de commissaire général, lequel s’est associé Elvira Dyangani, Koyo Kouoh et Didier Schaub, pour sélectionner et accompagner les artistes participants à cette édition du SUD.

30 manifestations et événements artistiques “in et off” – œuvres d’art public, performances, installations temporaires d’extérieur – portant sur le thème de l’eau et la ville ont été offerts aux habitants de la ville de Douala et aux festivaliers venus de l’étranger.

Le processus conduisant au SUD2010 a démarré en 2008, avec des chantiers artistiques, les Liquid projects menés par 4 créateurs locaux dans leurs quartiers de vie, en collaboration avec des jeunes voisins. Simultanément, un programme de résidences artistiques de courte durée (15 jours à 1 mois) a permis aux 14 artistes invités de l’étranger de réaliser des interventions artistiques dans différents quartiers de la ville y compris dans les zones d’habitat populaire.

SUD2010, dans son processus, a été l’occasion de produire de l’information sur les quartiers d’intervention et sur l’évolution des projets artistiques, information diffusée, entre autres, dans la publication trimestrielle Liquid.

Enfin, une série de 4 conférences ont enrichi la réflexion multidimensionnelle sur la relation de la ville à l’eau.

Le logo du SUD2010 est signé par Sandrine Dole, designer française résidant à Marrakech, invitée par doual’art.

Ce dernier annonce la couleur de l’événement qui s’est tenu en décembre prochain. L’eau, thématique du SUD2010, est non seulement signifiée par la gamme chromatique des bleus, mais se révèle également dans la partie supérieure par le découpage oblique du fond, rappelant les eaux qui s’abattent continuellement sur la ville de Douala en saisons des pluies ( environ 5 mois par an). La silhouette de la Pagode (ancien palais des rois Bell) située au quartier administratif de Bonanjo se dessine sur fond bleu par soustraction de couleur.

Accentué par le mouvement oblique des rayures et du texte de la partie inférieure, le format rectangulaire du logo renvoie directement aux codes-barres.

Au-delà de la nature économique et numérique de ce symbole de la modernité occidentale, on peut concevoir la présence de ce signe comme le témoignage d’une incursion des nouvelles technologies dans la création artistique contemporaine.

 

Le Jardin Sonore
Lucas Grandin (France)
Bonamouti Deïdo, Douala 1er

En Février 2010, Lucas Grandin a commencé à construire son Jardin Sonore, une structure en bois construite sur trois étages à la fois point de vue panoramique sur le fleuve Wouri, jardin botanique et orgue de percussion de gouttes d’eau. Le travail de Lucas Grandin a suscité l’intérêt passionné des habitants du quartier, la création d’un lieu de socialisation et de contemplation couvrant la cacophonie urbaine par ses gouttes d’eau. Pendant SUD 2010, l’artiste a engagé les habitants de Bonamouti, dans le processus de production (par des réunions préparatoires), sur la requalification de la zone (utilisée avant comme dépôt sauvage tombant dans le fleuve), et sur l’élaboration de la structure du bâtiment. Le jardin botanique, situé dans le périmètre de la structure en bois, accueille des fleurs, des plantes cosmétiques, des épices et des plantes thérapeutiques. Le Jardin Sonore est équipé d’un système d’irrigation durable par “goutte à goutte”, qui permet d’atteindre une autonomie en eau allant jusqu’à 6 mois. L’eau de pluie est collectée , stockée dans des barils puis distribuée via des tubes transparents au jardin vertical en utilisant un système de goutte à goutte hydroponique. Ce système permet de ne pas perdre d’eau et, en même temps, ne nécessite pas un arrosage régulier de la part des habitants.

Face à l’eau
Salifou Lindou (Cameroun)
Bonamouti Deïdo, Douala 1er

Chaque jour, les piroguiers pêcheurs de Bonamouti se lavent nus ici avant de remonter sur la berge. Salifou Lindou a réaménagé le sentier, a conçu cette installation de paravents pour cacher les corps au regard des habitants, et a fixé tablettes, patères et porte serviettes au verso des paravents.

La Colonne Pascale
Pascale Marthine Tayou (Cameroun)

Rond-point Shell New-Bell, Douala 2ème
Totem composé de marmites en email dont les ménagères se servaient dans le passé pour préserver la nourriture et la boisson, La Colonne Pascale est une ligne dynamique simple et épurée s’élevant dans le ciel, implantée au coeur d’un rond-point extrêmement animé du quartier New Bell à Douala. L’intention de l’artiste était de rendre hommage aux femmes africaines donnant de la valeur à la culture culinaire de la tradition camerounaise. Néanmoins, l’oeuvre est devenue objet de débats et de tensions des résidents locaux. Les controverses dépendent à la fois de la position physique de la Colonne Pascale, liée à des événements historiques (la place était l’épicentre des émeutes qui ont conduit à l’indépendance du pays), et pour son interprétation symbolique, puisque, selon de nombreuses personnes l’oeuvre d’art met en évidence la pauvreté de New Bell.

Les Mots Écrits
Hervé Yamguen (Cameroun)
New-Bell Ngangue, Douala 2ème

Les Mots Écrits de New Bell est un ensemble de six installations murales par Hervé Yamguen. Ce projet fait partie des «projets liquides», un programme de SUD2010 qui a financé la production d’oeuvres d’art permanentes (dédié au thème de l’eau) dans les quartiers de résidence de quatre artistes locaux. Dans New Bell, Yamguen a travaillé en collaboration avec deux rappeurs locaux, Picsou et Moctomoflar, les engageant dans l’enregistrement (et la production) d’un album de quatre chansons sur l’eau. Au cours du processus de production, l’artiste a également invité les jeunes et les habitants a participé au projet à travers des spectacles de nuit et des réunions. Des paroles des rappeurs, Yamguen a extrait des fragments de texte, pour les reproduire sur six façades de quartier de Ngangue qui ont été spontanément offertes par la population locale. Les Mots Écrits de New Bell ont été produits avec différents matériaux: néons, mosaïques de carrelage, miroirs, barres de fer, et peinture. Les fragments de texte sélectionnés par Yamguen illustrent clairement la réalité de la misère et l’espoir des habitants de New Bell.
Les textes:
1 Après le temps mort vient le temps vif comme un coup
de foudre. Ne pleure pas maman, tous les yeux de la ville
pleuvent sur moi. Tranquille papa on ne panique pas;
2 La vie saine, la joie de se sentir bien, l’envie de vivre de bonheur;
3 Se sentir bien;
4 La nuit le bonheur c’est dans les moustiquaires;
5 Wash ma life, Lave mon âme; Wash mes ways, Lave mon
kwatt; Dans les eaux sales du quartier, dans ma ruelle,
ma jeunesse rebelle.